Diagnostic de structure selon le type d’ouvrage : parkings, bureaux, logements, ouvrages d’art

L’Ingénierie Diagnostique au Cœur de la Pérennité du Patrimoine

Dans un paysage immobilier et infrastructurel français marqué par le vieillissement des parcs et le durcissement des exigences réglementaires notamment avec l’avènement de la Loi Climat et Résilience et la Loi Habitat Dégradé  la maîtrise de l’état structurel des ouvrages est devenue un impératif stratégique majeur. Le diagnostic de structure ne se réduit plus aujourd’hui à une simple constatation de désordres visibles ; il constitue une démarche scientifique complexe, indispensable à la sécurité des usagers, à la valorisation des actifs et à l’optimisation des stratégies de maintenance. Pour un acteur de l’ingénierie tel que Ferdetec, l’approche diagnostique doit être résolument systémique, intégrant la physique des matériaux, la mécanique des structures et les contraintes d’exploitation spécifiques à chaque typologie de bâtiment.

Il est fondamental de comprendre qu’un parking souterrain exposé aux sels de déverglaçage, un immeuble de bureaux en pleine mutation d’usage, une copropriété des années 1970 ou un ouvrage d’art franchissant une brèche, ne répondent pas aux mêmes lois de dégradation ni aux mêmes protocoles d’investigation. Si les lois de la physique — gravité, corrosion, fatigue — sont universelles, leurs manifestations pathologiques et les méthodes pour les quantifier diffèrent radicalement. Ce rapport technique a pour vocation de détailler, avec un niveau d’expertise approfondi, les spécificités du diagnostic structurel pour quatre grandes familles d’ouvrages : les parcs de stationnement, les immeubles tertiaires, l’habitat collectif et les ouvrages d’art.

Nous explorerons les mécanismes intimes de la dégradation, depuis la diffusion des ions chlorures jusqu’aux phénomènes de fatigue dynamique, en passant par les risques de surcharge liés aux changements de destination. Nous détaillerons les protocoles normatifs en vigueur, s’appuyant sur les Eurocodes, la norme NF EN 1504 et la méthodologie IQOA, tout en mettant en lumière les technologies d’investigation non destructives (CND) les plus avancées. L’objectif est de fournir aux gestionnaires de patrimoine, maîtres d’ouvrage et techniciens, une vision exhaustive des enjeux liés à la santé structurelle de leur patrimoine.

Partie 1 : Les Parkings et Parcs de Stationnement – La Lutte contre la Corrosion et la Fatigue

Les parcs de stationnement, qu’ils soient aériens en superstructure ou enterrés en infrastructure, représentent une catégorie d’ouvrages particulièrement vulnérable. Contrairement aux espaces intérieurs protégés, les parkings subissent de plein fouet les agressions environnementales, souvent aggravées par un environnement confiné et une maintenance historiquement insuffisante. Le diagnostic structurel y est dominé par deux thématiques critiques : la pathologie chimique du béton armé et la résistance aux sollicitations dynamiques.

1.1. La Corrosion des Armatures : Mécanismes Électrochimiques et Diagnostic

La pathologie reine dans les parkings est la corrosion des aciers d’armature. Si le béton offre théoriquement une protection chimique et physique aux aciers, les conditions d’exploitation des parkings mettent à mal cette barrière. Le diagnostic doit impérativement distinguer les deux moteurs principaux de cette corrosion pour préconiser les réparations adéquates : la carbonatation et l’attaque par les chlorures.

1.1.1. La Carbonatation : L’Érosion du pH

Le mécanisme de carbonatation est un processus lent et inéluctable. Le dioxyde de carbone ($CO_2$) présent dans l’atmosphère pénètre via la porosité du béton et réagit avec la portlandite ($Ca(OH)_2$) issue de l’hydratation du ciment. Cette réaction transforme l’hydroxyde de calcium en carbonate de calcium ($CaCO_3$), entraînant une chute drastique du pH du béton, qui passe de valeurs supérieures à 13 (milieu basique passivant) à moins de 9.

À ce niveau de pH, le film d’oxydes passifs qui protège naturellement l’acier devient instable. Dès lors, en présence d’humidité et d’oxygène conditions toujours réunies dans les parkings ventilés  la corrosion s’initie. Elle se manifeste généralement par une corrosion généralisée, produisant des oxydes de fer expansifs (rouille) dont le volume est six à huit fois supérieur à celui de l’acier initial. Cette expansion génère des pressions de traction internes phénoménales, conduisant à la fissuration du béton d’enrobage le long des armatures, puis à l’épaufrure (éclatement du béton).

Protocole de Diagnostic de la Carbonatation :

Le diagnostic in situ repose sur la mesure du front de carbonatation. La méthode standardisée consiste à pulvériser une solution de phénolphtaléine sur une fracture fraîche de béton (généralement issue d’un carottage ou d’un sondage au burin).

  • Zone colorée en rose/violet : Le pH est supérieur à 9, le béton est sain et non carbonaté.
  • Zone incolore : Le pH est inférieur à 9, le béton est carbonaté.

L’expert doit comparer la profondeur de carbonatation ($D_c$) avec l’épaisseur de l’enrobage des aciers ($E$). Si $D_c \geq E$, le risque de corrosion est avéré, même si les dégradations ne sont pas encore visibles.

1.1.2. L’Attaque par les Chlorures : Le Péril Invisible

Bien plus insidieuse et dangereuse que la carbonatation, la corrosion induite par les chlorures est la cause majeure des désordres structurels graves dans les parkings. Les véhicules transportent, via leurs pneumatiques et châssis, des sels de déverglaçage (chlorure de sodium, calcium ou magnésium) et de l’eau saline qui ruissellent sur les dalles.

Les ions chlorures ($Cl^-$) migrent à travers le réseau poreux du béton par diffusion et absorption capillaire. Contrairement à la carbonatation, ils n’ont pas besoin d’abaisser le pH global pour agir. Lorsqu’ils atteignent la surface de l’acier en concentration suffisante (le seuil critique est souvent fixé normativement autour de 0,4 % de la masse de ciment), ils agissent comme des catalyseurs locaux de corrosion, brisant ponctuellement le film passif.

Ce mécanisme engendre une corrosion par piqûres (pitting). L’anode (zone de dissolution de l’acier) est très petite, tandis que la cathode (le reste de l’armature passivée) est grande. Cela crée un effet de pile galvanique intense, creusant l’acier en profondeur très rapidement, réduisant sa section efficace sans nécessairement provoquer d’éclatement visible du béton dans les premiers stades. C’est là tout le danger : la structure perd sa capacité portante de manière « silencieuse ».

Stratégie de Diagnostic des Chlorures :

Le diagnostic visuel est insuffisant. Ferdetec déploie des techniques de CND (Contrôle Non Destructif) et d’analyse laboratoire :

  • Profilage des chlorures : Prélèvement de poudre de béton par horizons successifs (ex: 0-10mm, 10-20mm, etc.) et titrage chimique en laboratoire pour tracer la courbe de pénétration des chlorures. Cela permet de modéliser la loi de diffusion (Loi de Fick) et de prédire quand le seuil critique sera atteint au niveau des aciers.
  • Cartographie de Potentiel (Half-Cell Potential Mapping) : Cette technique, normalisée par l’ASTM C876 et les recommandations RILEM, mesure la différence de potentiel électrique entre les armatures et une électrode de référence placée en surface. Elle permet de détecter les zones d’activité anodique (corrosion active) avant l’apparition de désordres visibles. Des valeurs très négatives (par exemple inférieures à -350 mV vs CSE) indiquent une probabilité de corrosion supérieure à 90 %.
  • Mesure de Résistivité Électrique : La résistivité du béton conditionne la vitesse de corrosion. Un béton humide et chargé en sels (faible résistivité) favorisera une cinétique de corrosion rapide.

1.2. Fatigue Dynamique et Vibrations : Une Spécificité des Structures de Stationnement

Les parkings sont des structures élancées, souvent constituées de grandes portées et de dalles minces pour optimiser l’espace de stationnement. Ils sont soumis à des charges mouvantes et cycliques qui les distinguent des bâtiments statiques.

1.2.1. Analyse de la Fatigue Structurelle

Le passage répété de véhicules génère des cycles de charge et de décharge. Bien que les charges à l’essieu d’une voiture soient faibles comparées à celles d’un camion, la répétition sur des décennies (millions de cycles) peut initier des phénomènes de fatigue, notamment dans les zones de concentration de contraintes (connexions poteaux-dalles, ancrages de précontrainte).

Le diagnostic doit s’intéresser aux fissures respirantes : des fissures qui s’ouvrent et se ferment au passage des charges. L’instrumentation par capteurs de déplacement (LVDT) ou jauges de déformation sur une période représentative permet de mesurer l’amplitude de ces mouvements et de calculer le dommage cumulé (Loi de Miner).

1.2.2. Réponse Vibratoire et Confort

Les planchers de parkings modernes, souvent en dalles alvéolaires ou précontraintes, peuvent être sujets à des mises en résonance. Le diagnostic vibratoire, réalisé à l’aide d’accéléromètres, vise à déterminer les fréquences propres de la structure. Si ces fréquences coïncident avec les fréquences d’excitation du trafic ou même de la marche piétonne, des vibrations perceptibles et potentiellement dommageables pour les connexions peuvent survenir. L’analyse spectrale (PSD – Power Spectral Density) permet de caractériser cette réponse dynamique et de vérifier la conformité aux critères de confort et de sécurité.

1.3. Réparation et Protection selon la Norme NF EN 1504-9

Le diagnostic n’est une fin en soi que s’il débouche sur une stratégie de pérennisation. La norme européenne NF EN 1504-9 définit les principes généraux d’utilisation des produits et systèmes pour la réparation. Le rapport de diagnostic doit classer les interventions requises selon ces principes.

Principe EN 1504

Description Technique

Application en Parking

Principe 1 : Protection contre les infiltrations

Réduire la porosité de surface

Application d’imprégnations hydrophobes ou résines de sol.

Principe 3 : Restauration du béton

Remplacement du béton dégradé

Purge des zones d’épaufrures, passivation des aciers, reprofilage au mortier R3/R4.

Principe 7 : Maintien de la passivité

Restaurer le pH ou extraire les chlorures

Réalcalinisation électrochimique ou déchloruration.

Principe 8 : Augmentation de la résistivité

Limiter le courant de corrosion

Séchage du béton, revêtements étanches.

Principe 10 : Protection Cathodique

Polariser l’armature en cathode

Installation d’anodes sacrificielles (Zinc) ou à courant imposé (Titane).4

Le choix entre une simple réparation cosmétique et une protection cathodique (PC) dépendra des résultats des analyses de chlorures. Si les chlorures ont contaminé le béton au-delà des armatures, seule la PC ou la déchloruration pourra stopper le processus, toute réparation surfacique étant vouée à l’échec par « effet d’anode incipiente » (la corrosion se déplace juste à côté de la zone réparée).

Partie 2 : Les Immeubles de Bureaux – Flexibilité Structurelle et Mutation des Usages

Le parc tertiaire est soumis à une obsolescence fonctionnelle rapide. Les plateaux de bureaux sont constamment réaménagés, cloisonnés, décloisonnés ou transformés pour de nouveaux usages (coworking, archives, data centers locaux). Le diagnostic structurel dans les bureaux est donc avant tout un diagnostic de capacité et d’adaptabilité.

2.1. La Vérification des Surcharges d’Exploitation : Un Enjeu Normatif et Sécuritaire

Lorsqu’une entreprise réorganise ses locaux ou qu’un immeuble change de locataire, la question de la charge admissible par les planchers est centrale.

2.1.1. Les Exigences de l’Eurocode 1

Le diagnostic doit confronter la réalité constructive aux exigences de la norme NF EN 1991-1-1 (Eurocode 1 – Actions sur les structures). Les valeurs de référence pour les charges d’exploitation ($q_k$) varient considérablement selon l’usage  :

  • Bureaux standards (Catégorie B) : $2,5 kN/m^2$ (soit environ 250 kg/m²).
  • Halls et zones de circulation (Catégorie C) : $3,0$ à $5,0 kN/m^2$.
  • Zones de stockage et archives (Catégorie E1) : $7,5 kN/m^2$ (soit 750 kg/m²).

Le décalage est massif. Transformer un open-space en zone d’archives compactes sans vérification structurelle conduit inévitablement à une surcharge dangereuse, pouvant entraîner des fissurations excessives, des flèches inacceptables, voire la rupture.

2.1.2. Méthodologie de Vérification de la Capacité Portante

L’expert structurel procède par étapes :

  1. Reconnaissance du plancher : Identification du type (dalle pleine béton, plancher collaborant acier-béton, poutrelles-hourdis, dalle alvéolaire). En l’absence de plans d’exécution (DOE), des sondages destructifs et non destructifs sont nécessaires.
  2. Scan Ferromagnétique (Ferroscan) : Pour reconstituer le plan de ferraillage (diamètre, espacement et enrobage des aciers inférieurs). Ces données sont les inputs critiques pour le recalcul.
  3. Carottage et Essais de Compression : Détermination de la résistance caractéristique du béton ($f_{ck}$) en place, souvent très différente de la valeur théorique du projet initial.
  4. Recalcul aux Eurocodes : Modélisation informatique de la dalle sous les nouvelles charges pondérées ($1,35 G + 1,5 Q$). L’analyse vérifie les États Limites Ultimes (ELU – résistance à la rupture flexion/tranchant) et les États Limites de Service (ELS – contrôle de la flèche et de la fissuration).

Dans le cas spécifique des archives, la charge n’est pas uniformément répartie mais linéaire (sous les rails des compactus). Le diagnostic doit vérifier le poinçonnement local de la dalle et la capacité des poutres primaires à reprendre ces charges concentrées.

2.2. Les Spécificités des Dalles Alvéolaires dans le Tertiaire

Les dalles alvéolaires précontraintes sont omniprésentes dans les immeubles de bureaux construits depuis les années 1980 en raison de leur capacité à franchir de grandes portées sans poteaux intermédiaires. Elles posent cependant des défis diagnostiques redoutables lors des rénovations.

2.2.1. Risques liés aux Trémies et Percements

La création de trémies (pour escaliers, gaines techniques, ascenseurs) dans un plancher alvéolaire est une opération à haut risque. Ces dalles tirent leur résistance de torons d’acier précontraints par adhérence. Couper un toron lors d’un carottage entraîne une perte immédiate de précontrainte sur toute la longueur de la dalle concernée, réduisant drastiquement sa capacité portante.

2.2.2. Le Diagnostic par Géoradar (GPR)

Avant tout percement, le diagnostic doit inclure un scan au radar géologique haute fréquence (GPR). Contrairement au simple détecteur de métaux, le GPR permet de visualiser la géométrie interne de la dalle : position des alvéoles (vides) et position précise des torons de précontrainte dans les nervures. L’expert trace alors les zones d’interdiction stricte de perçage directement sur le support.

2.3. Gestion des Modifications de Cloisonnement

La modulation des espaces de bureaux implique le déplacement de cloisons. Le diagnostic doit lever deux points de vigilance :

  1. Cloisons devenues porteuses (effet de fluage) : Dans les bâtiments anciens, des cloisons légères initialement non porteuses peuvent, par le fluage des planchers supérieurs (déformation différée du béton sous charge permanente), se mettre en charge. Les supprimer brutalement peut entraîner un affaissement du plancher supérieur. Le diagnostic doit identifier ces transferts de charges parasites par une analyse des fissures en tête de cloison et des mesures de flèche.
  2. Surcharge de cloisonnement : Le remplacement de cloisons amovibles légères par des cloisons maçonnées lourdes ou acoustiques modifie le bilan des charges permanentes ($G$) ou doit être pris en compte comme une majoration de la charge d’exploitation ($q_k$) selon l’Eurocode 1.

Partie 3 : Les Logements Collectifs – Sécurité, Diagnostic Obligatoire et Balcons

Le diagnostic structurel des logements collectifs revêt une dimension sociale et sécuritaire critique. L’actualité tragique des effondrements d’immeubles (Marseille, Lille) et les accidents fréquents de balcons ont conduit le législateur à renforcer considérablement les obligations de diagnostic.

3.1. Le Péril des Balcons : Pathologie et Diagnostic

Les balcons constituent le point de fragilité majeur des façades d’immeubles d’habitation. L’Agence Qualité Construction (AQC) a mis en évidence, à travers l’étude de centaines de rapports d’expertise, que les pathologies des balcons sont en recrudescence, allant de l’infiltration à la rupture brutale.

3.1.1. L’Erreur de Positionnement des Aciers

Structurellement, un balcon est souvent une console (encastrée d’un seul côté). Pour résister au moment de flexion négatif généré par son poids et les charges d’exploitation, les armatures principales (tirants) doivent impérativement être positionnées en partie supérieure de la dalle (nappe haute).

Or, une pathologie fréquente est le mauvais positionnement de ces aciers lors du coulage (« piétinement » des armatures qui descendent au fond du coffrage). Cela réduit le bras de levier interne. Si l’acier est trop bas, la résistance du balcon chute vertigineusement. Ce défaut est invisible à l’œil nu une fois le béton coulé, rendant le diagnostic instrumental indispensable.

3.1.2. Protocole d’Expertise des Balcons

Pour Ferdetec, le diagnostic d’un parc de balcons suit une méthodologie graduelle :

  1. Inspection Visuelle des Pathologies : Recherche de fissures filantes parallèles à la façade en partie supérieure (signe de plastification des aciers ou insuffisance de section), d’efflorescences en sous-face (infiltration), ou d’éclatements de nez de dalle (corrosion).
  2. Pachométrie (Détection d’armatures) : C’est l’examen clé. L’utilisation d’un pachomètre permet de mesurer l’enrobage des aciers supérieurs. Si l’appareil indique que les aciers sont à 10 cm de profondeur dans une dalle de 15 cm, la situation est critique.
  3. Vérification des Pentes et Étanchéité : La stagnation d’eau due à une contre-pente ou l’absence de goutte d’eau (« pissette » bouchée) accélère la migration des agents agressifs vers les aciers.
  4. Calcul de Vérification : Recalcul de la capacité portante avec la position réelle des aciers mesurée in situ, sous une charge normative de $3,5 kN/m^2$ (350 kg/m²), plus sévère que pour les intérieurs de logement.

3.2. Le Diagnostic Structurel Obligatoire et le PPT

La Loi Climat et Résilience a instauré l’obligation pour les copropriétés de plus de 15 ans d’élaborer un Projet de Plan Pluriannuel de Travaux (PPT), s’appuyant souvent sur un Diagnostic Technique Global (DTG).

Le décret n° 2025-814 (cité dans les recherches récentes 32) renforce cette obligation en créant des périmètres de « diagnostic structurel obligatoire » dans les zones d’habitat dégradé.

Ce diagnostic structurel réglementaire doit :

  • Être réalisé par un professionnel compétent (ingénieur structure, architecte spécialisé).
  • Identifier tous les désordres portant atteinte à la solidité (fissures traversantes, tassements différentiels de fondations, pourrissement de planchers bois).
  • Évaluer les risques pour la sécurité des occupants et des tiers (chute d’éléments de façade, effondrement).
  • Préconiser les travaux d’urgence et de maintenance sur 10 ans.

3.3. Les Modifications « Sauvages » de Murs Porteurs

Un classique du diagnostic en copropriété est l’intervention suite à l’ouverture non autorisée d’un mur porteur par un copropriétaire.

Le diagnostic doit alors :

  1. Qualifier le mur : Distinguer une cloison d’un mur de refend porteur. L’épaisseur n’est pas le seul critère ; la nature du matériau et le sens de portée des planchers supérieurs sont déterminants.
  2. Analyser la descente de charges : Calculer le poids repris par le mur supprimé (étages supérieurs + toiture).
  3. Concevoir le renforcement : Dimensionner le portique métallique (poutre et poteaux) nécessaire pour reprendre ces charges, et définir le méthodologie de mise en œuvre (chevalement, pré-chargement des poutres pour éviter la mise en charge brutale).

Partie 4 : Les Ouvrages d’Art – La Méthodologie IQOA et la Haute Surveillance

Le domaine du Génie Civil (ponts, viaducs, murs de soutènement) dispose d’une culture du diagnostic très structurée, pilotée par l’État et normalisée à travers l’Instruction Technique pour la Surveillance et l’Entretien des Ouvrages d’Art (ITSEOA). La méthodologie IQOA (Image de la Qualité des Ouvrages d’Art) en est la pierre angulaire.

4.1. La Méthodologie IQOA : Un Standard de Classification

Développée par le Cerema et la Direction des Routes, la méthode IQOA permet d’évaluer l’état d’un parc d’ouvrages de manière homogène pour prioriser les budgets de maintenance. Elle ne s’applique pas qu’aux ouvrages de l’État mais sert de référence pour les collectivités et les gestionnaires privés.

4.1.1. Les Classes d’État IQOA

Le diagnostic IQOA aboutit au classement de l’ouvrage (ou de ses parties : appuis, tablier, équipements) selon une échelle de gravité croissante :

  • Classe 1 : Ouvrage en bon état apparent. Entretien courant.
  • Classe 2 : Ouvrage présentant des défauts mineurs.
  • Classe 2E : Ouvrage présentant des défauts nécessitant un entretien spécialisé pour prévenir une dégradation à court terme.
  • Classe 3 : Ouvrage dont la structure est altérée. Travaux de réparation nécessaires (pas d’urgence immédiate pour la sécurité).
  • Classe 3U : Ouvrage gravement altéré avec Urgence. La sécurité de l’usager ou la stabilité de l’ouvrage est menacée à court terme. Mesures conservatoires (limitation de trafic, étaiement) requises immédiatement.

4.1.2. Distinction Inspection vs Diagnostic

Il est crucial de distinguer ces deux termes dans le jargon IQOA :

  • L’Inspection Détaillée (Périodique – IDP) : C’est un relevé visuel exhaustif de tous les parements, réalisé « à portée de main » (nécessitant nacelles, passerelles négatives, ou cordistes). Elle relève les désordres (fissures, éclats, rouille) et les cartographie sur les plans de l’ouvrage (« Carnet de santé »). Elle aboutit à la cotation IQOA.
  • Le Diagnostic (ou Auscultation) : Il est déclenché lorsque l’inspection révèle des pathologies dont la cause ou l’étendue n’est pas claire (souvent pour les classes 3 et 3U). Le diagnostic met en œuvre des moyens d’investigation instrumentale et de calcul pour comprendre l’origine du désordre et dimensionner la réparation.

4.2. Technologies Avancées de Diagnostic des Ponts

Le diagnostic des ouvrages d’art fait appel à une panoplie technologique sophistiquée pour « voir » à travers le béton et l’acier.

4.2.1. Le Radar Géologique (GPR) sur Tablier

Le Géoradar est massivement utilisé pour l’inspection des tabliers de ponts. En envoyant des ondes électromagnétiques à haute fréquence dans le béton, il permet de détecter, par analyse des changements de constante diélectrique :

  • L’épaisseur des couches de chaussée et l’état de l’étanchéité (présence d’eau sous l’asphalte).
  • Les défauts de compacité ou les délaminages à l’interface béton/étanchéité.
  • La position des câbles de précontrainte et, dans certains cas, les vides dans les gaines de précontrainte (défaut d’injection du coulis), pathologie majeure des viaducs construits dans les années 60-70.

4.2.2. Réaction Alcali-Granulat (RAG) et RSI

Certains ouvrages souffrent de « maladies du béton » endogènes. La Réaction Alcali-Granulat (réaction entre les alcalins du ciment et la silice de certains granulats) crée un gel expansif qui fait « gonfler » le pont de l’intérieur, créant un faïençage caractéristique en surface. Le diagnostic nécessite des carottages profonds pour examen pétrographique au microscope (mesure de l’avancement de la réaction) et des mesures d’expansion résiduelle en étuve pour prédire l’évolution future.

4.2.3. Surveillance Instrumentée (SHM)

Pour les ouvrages classés 3U ou ceux présentant des pathologies évolutives (fissures actives), le diagnostic ponctuel est complété par un monitoring continu (Structural Health Monitoring).

  • Cordes Vibrantes et Jauges : Pour suivre l’ouverture des fissures au micron près sous l’effet de la température et du trafic.
  • Inclinomètres : Pour surveiller le basculement d’une pile ou d’une culée instable.

Pesage en marche (WIM) : Pour corréler les déformations de l’ouvrage avec le poids réel des poids lourds qui le traversent.

Partie 5 : Synthèse Méthodologique et Apport de Ferdetec

L’expertise de Ferdetec réside dans sa capacité à orchestrer ces différentes techniques au sein d’une méthodologie cohérente, qui ne s’arrête pas au constat, mais mène à la solution.

5.1. Comparatif des Approches Diagnostiques

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales d’approche selon la typologie d’ouvrage, illustrant la nécessité d’une expertise segmentée.

Critère

Parkings

Bureaux

Logements

Ouvrages d’Art

Enjeu Principal

Durabilité chimique (Corrosion)

Adaptabilité (Surcharge)

Sécurité des personnes (Balcons)

Continuité de service / Sécurité

Norme Clé

NF EN 1504-9

Eurocode 1 (EN 1991)

CCH / Recommandations AQC

ITSEOA / IQOA

Outil CND Phare

Potentiel d’électrode (Corrosion)

Ferroscan / GPR (Structure)

Pachomètre (Enrobage)

GPR / Carottage / Inspection Visuelle

Sollicitation Critique

Chimique (Chlorures)

Surcharge d’exploitation ($Q$)

Flexion en console

Fatigue / Trafic / Climat

Type de Réparation

Protection Cathodique / Résines

Renforcement carbone / Métal

Reprise en sous-oeuvre / Démolition

Réparation structurelle lourde

5.2. Du Diagnostic à la Modélisation Numérique

La valeur ajoutée du diagnostic moderne est son intégration dans la chaîne numérique. Les données recueillies sur le terrain (résistance, béton, position des aciers, géométrie des désordres) ne restent pas dans un rapport papier. Elles alimentent des modèles de calcul aux Éléments Finis (FEM).

Chez Ferdetec, nous réalisons des « jumeaux numériques » de la structure endommagée. En introduisant les défauts réels (section d’acier réduite par la corrosion, béton délaminé) dans le modèle de calcul, nous pouvons simuler le comportement réel de l’ouvrage et optimiser le renforcement au plus juste, évitant le surdimensionnement coûteux ou la démolition inutile. C’est le principe du Recalcul de structure existante, codifié par l’Eurocode, qui permet de justifier la stabilité d’un ouvrage ancien avec des coefficients de sécurité adaptés.

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