Type de client : Professionnel – gestionnaire d’un équipement sportif
Lieu : Stade de Gerland, Lyon
Date d’intervention : Juin 2026
Équipe Ferdetec : Antoine Faïs, Quentin Nomézine et Michael Zewdie
Mission : Étudier la structure d’une plateforme métallique existante et déterminer les charges d’exploitation qu’elle peut reprendre en sécurité.
Problématique
Dans un stade, une plateforme accessible peut être soumise à des sollicitations très différentes selon son usage. La charge peut être répartie entre plusieurs personnes, mais elle peut également se concentrer ponctuellement en bord de plateforme, notamment lors d’un regroupement ou de mouvements de spectateurs.
Le client souhaitait donc connaître la capacité portante réelle d’une plateforme métallique existante, sans se limiter à une appréciation visuelle. Notre mission consistait à déterminer les charges d’exploitation admissibles et à vérifier le comportement des principaux éléments porteurs.
L’étude devait notamment répondre à quatre questions :
- Les deux poutres principales peuvent-elles reprendre les charges prévues ?
- Le plancher en tôle acier larmée résiste-t-il entre ses appuis secondaires ?
- Quelle charge répartie peut être admise pour une utilisation courante ?
- Quelle charge ponctuelle peut être tolérée en cas de concentration de personnes ?
La plateforme étant configurée comme un ouvrage en porte-à-faux, le contrôle ne pouvait pas se limiter à la résistance de l’acier. Il fallait aussi vérifier les déformations en service, car une structure peut rester résistante tout en présentant une flèche trop importante pour son usage.
Cette mission s’inscrit dans notre expertise de vérification de capacité portante d’ouvrages existants.
Analyse et stratégie d’intervention
Chez Ferdetec, nous avons commencé par relever la géométrie réelle de la plateforme et observer son fonctionnement structurel.
La plateforme étudiée présente les caractéristiques suivantes :
- largeur : 2,29 m ;
- longueur accessible : 2,46 m ;
- surface : 5,63 m² ;
- deux poutres principales assimilées à des profils IPE 240 ;
- longueur réelle du porte-à-faux jusqu’au premier appui : 2,975 m ;
- plancher en tôle acier larmée reposant sur des traverses et des éléments métalliques secondaires.
La plateforme comporte également des profilés de rive, des plinthes métalliques et un garde-corps. Ces éléments ont été intégrés aux charges permanentes.
Notre stratégie a consisté à ne pas analyser uniquement les poutres principales. Nous avons étudié l’ensemble de la chaîne de transmission des efforts :
- le plancher en tôle acier larmée ;
- les éléments métalliques secondaires ;
- les deux poutres principales ;
- les liaisons boulonnées reliant les poutres à la structure existante.
Cette lecture globale est essentielle. Une plateforme peut présenter des poutres suffisamment résistantes, tout en restant limitée par son plancher ou par ses systèmes de fixation.
Pour approfondir cette démarche, notre article consacré à la capacité portante d’une structure existante avant changement d’usage présente les principaux points à vérifier avant toute modification d’utilisation.
Solution et méthodologie
Relevé et caractérisation de la plateforme
Nous avons réalisé des relevés dimensionnels sur site afin d’identifier :
- les dimensions générales de la plateforme ;
- la section apparente des poutres principales ;
- la disposition des traverses ;
- les conditions d’appui ;
- la géométrie du garde-corps et des éléments périphériques ;
- la configuration des liaisons boulonnées.
Les poutres principales ont été assimilées à des profils IPE 240 en acier S235, avec une limite élastique de 235 MPa et un module d’élasticité de 210 000 MPa.
Détermination des charges permanentes
Les charges permanentes prises en compte comprennent :
- la tôle acier larmée ;
- les profilés périphériques ;
- la traverse centrale ;
- les plinthes métalliques ;
- le garde-corps.
La charge permanente surfacique retenue pour l’ensemble de ces éléments est de 0,838 kN/m², hors poids propre des poutres. Celui-ci est intégré automatiquement dans la modélisation.
Chaque poutre reprenant la moitié de la largeur de la plateforme, cette charge a été convertie en une charge linéique de 0,97 kN/m par poutre.
Modélisation de deux scénarios d’utilisation
Pour tenir compte des différents usages possibles, nous avons développé deux modèles distincts sous Robot Structural Analysis.
Scénario 1 : fréquentation répartie
Dans le premier modèle, la charge d’exploitation est répartie sur l’ensemble de la plateforme. Elle représente une utilisation courante, avec plusieurs personnes réparties sur la surface accessible.
La valeur de charge a été augmentée progressivement jusqu’à atteindre la limite permettant de satisfaire simultanément :
- la résistance à l’état limite ultime ;
- la vérification des déplacements à l’état limite de service ;
- les critères de flèche en situation caractéristique et quasi permanente.
Scénario 2 : concentration ponctuelle en bord de plateforme
Le deuxième modèle représente une concentration de personnes à un même endroit, en extrémité du porte-à-faux.
Une charge ponctuelle a été appliquée seule, en complément des charges permanentes. Pour prendre en compte les mouvements de foule ou les sauts, un coefficient dynamique de 1,2 a été appliqué.
Ces deux scénarios ont été étudiés séparément. Leurs charges ne doivent donc pas être additionnées.
Vérification des poutres principales
Pour chaque scénario, nous avons contrôlé :
- le moment fléchissant ;
- l’effort tranchant ;
- la contrainte maximale de flexion ;
- le déplacement vertical ;
- le comportement aux états limites ultimes et de service.
Dans le scénario de charge répartie, le moment fléchissant maximal atteint 33,18 kN·m, pour une résistance estimée à 76,14 kN·m. Le taux de travail en flexion est ainsi d’environ 43 %.
L’effort tranchant maximal atteint 25,79 kN, très inférieur à la résistance calculée de 259,6 kN. La vérification au cisaillement est donc satisfaite.
La contrainte maximale de flexion est de 102,3 MPa, pour une limite élastique de 235 MPa.
Les déplacements restent également dans les limites retenues :
- 10 mm en combinaison caractéristique, pour une limite de 12,3 mm ;
- 7 mm en combinaison quasi permanente, pour une limite de 9,84 mm.
Le scénario de charge ponctuelle conduit également à des vérifications satisfaites sur les poutres principales, avec un moment maximal de 29,73 kN·m et une contrainte maximale de 91,68 MPa.
Vérification du plancher métallique
Le plancher n’est pas constitué d’une tôle libre reposant seulement sur les deux poutres principales. La tôle acier larmée est reprise par plusieurs traverses et profilés de rive, qui la divisent en panneaux de dimensions plus réduites.
Pour la vérification, la tôle a été assimilée à une bande d’un mètre de largeur, simplement appuyée entre deux éléments secondaires, avec une portée maximale de 0,615 m.
Les données retenues sont les suivantes :
- tôle acier larmée de 3 mm ;
- acier S235 ;
- charge permanente de 0,838 kN/m² ;
- charge d’exploitation de 3,494 kN/m².
Le moment sollicitant calculé est de 0,303 kN·m, pour un moment résistant de 0,353 kN·m. La vérification est satisfaite, avec un taux de travail d’environ 86 %.
Cette valeur montre que la tôle respecte la vérification, mais qu’elle constitue un élément plus sollicité que les poutres principales.
Résultats pour le client
L’étude nous a permis de définir deux limites d’utilisation distinctes.
Charge répartie admissible
Pour une fréquentation normale et répartie sur l’ensemble de la plateforme, la charge d’exploitation admissible est estimée à :
349 kg/m²
Cette valeur constitue la limite à respecter dans le cadre d’une utilisation courante de la plateforme.
Charge ponctuelle admissible
En cas de regroupement de personnes ou de mouvements dynamiques à un endroit précis, notamment en bord de plateforme, la structure peut reprendre une charge ponctuelle admissible de :
500 kg sur la zone concernée
Le rapport exprime également cette valeur comme l’équivalent de 88,8 kg/m² ramené à la surface totale de la plateforme. Il s’agit toutefois bien d’un scénario de charge localisée, distinct du scénario réparti.
Vérifications satisfaites sur les éléments porteurs
L’étude confirme que :
- les poutres principales satisfont les vérifications en flexion ;
- leur résistance au cisaillement est suffisante ;
- les contraintes restent inférieures à la limite élastique retenue ;
- les déplacements respectent les critères de service ;
- la tôle acier larmée satisfait la vérification en flexion.
Le client dispose ainsi de limites d’exploitation claires, qui peuvent être communiquées à l’exploitant et intégrées aux règles d’utilisation de la plateforme.
Pour mieux comprendre les enjeux de ce type de contrôle, notre article consacré au diagnostic structurel avancé et au recalcul de capacité détaille la méthode permettant de passer d’un relevé de terrain à une décision d’exploitation.
Points de vigilance et recommandations
L’analyse a également mis en évidence un point sensible : les deux poutres principales sont reprises par des liaisons boulonnées de quatre boulons chacune. Ces liaisons sont essentielles, car elles transmettent les charges de la plateforme vers la structure existante.
Contrairement aux autres éléments, elles ne présentent pas de redondance. Une défaillance de l’une d’elles ne provoquerait pas seulement une dégradation locale, mais pourrait compromettre l’ensemble de la plateforme.
La classe de résistance des boulons n’a pas pu être identifiée lors de l’intervention. Il est donc recommandé :
- de retrouver les fiches techniques d’origine des liaisons ;
- de confirmer la classe et la résistance des boulons en place ;
- à défaut, de remplacer les boulons par des éléments neufs correctement dimensionnés.
Une oxydation superficielle a également été constatée sur les têtes de boulons, les platines, les poutres, les plinthes et certains éléments du garde-corps.
Même si aucune perte de section mesurable n’a été constatée à ce stade, nous recommandons :
- un décapage des zones oxydées ;
- l’application d’une protection anticorrosion ;
- une protection adaptée contre les ruissellements d’eau ;
- un suivi périodique renforcé des liaisons boulonnées ;
- des inspections régulières de l’ensemble de la plateforme.
Ces observations rappellent qu’une vérification de capacité portante doit toujours être accompagnée d’une lecture de l’état réel des matériaux et des assemblages.
Le regard d’expert Ferdetec
Cette mission illustre parfaitement notre manière d’aborder une structure existante.
Notre travail ne s’est pas limité à calculer une charge maximale. Nous avons commencé par comprendre la géométrie réelle de la plateforme, son fonctionnement en porte-à-faux et la manière dont les efforts circulent entre le plancher, les poutres et les fixations.
Nous avons ensuite traduit cette réalité en deux scénarios d’usage simples et compréhensibles :
- une fréquentation répartie pour l’utilisation courante ;
- une concentration ponctuelle pour les situations d’affluence.
Enfin, nous avons identifié les limites de l’étude et les points qui nécessitent une action complémentaire, notamment les liaisons boulonnées et l’oxydation visible.
Chez Ferdetec, c’est cette approche globale qui permet de fournir une réponse réellement utile : une capacité portante chiffrée, des conditions d’utilisation claires et des recommandations concrètes pour préserver la sécurité et la durabilité de l’ouvrage.